4 jours à la découverte des ethnies du Sud – jour 2 : en route vers la basse vallée de l’Omo

Samedi 1er mars :

ROAD TRIP KONSO-DIMEKA

A 8 heures 30 nous quittons Konso, toujours à bord de notre minibus de luxe 🙂

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Sur la route goudronnée qui relie les villes de Konso et Jinka, les voitures de touristes se font rares. Hormis quelques minibus locaux, les seuls véhicules que nous croisons sont d’impressionnants camions benne, qui voyagent parfois en convois. La présence d’une route asphaltée de bonne qualité dans cette région reculée de l’Ethiopie s’explique par la récente découverte de pétrole dans la vallée de l’Omo. Jusqu’alors, le gouvernement ne s’était jamais intéressé à cette région. Il est certain que cette route n’a pas été construite avec l’intention de relier les populations locales, qui n’ont de toutes les façons pas d’autres moyens de locomotion que leurs pieds !

Cette capacité que les Africains ont à marcher m’étonnera toujours. Quiconque voyagera en Afrique croisera le long des routes qui lui sembleront parfois infinies, sans aucune habitation à la ronde, des gens qui marchent en sandales. En Ethiopie du Sud, les tongs, si répandues en Afrique de l’Ouest, n’ont pas la cote. Les femmes portent des ballerines en plastique, les hommes des sandales en cuir type gladiateur et les enfants…marchent pieds-nus ! Souvent ces courageux marcheurs se courbent sous le poids de leur fardeau. Du bois, des bidons d’eau…

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Soudain, au détour d’un virage et en haut d’une montée, la vallée de l’Omo s’offre à nous. Comme c’est beau !

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Nous quitterons bientôt les collines du pays konso et gawwada (deux ethnies proches géographiquement et culturellement) pour  la vallée aride.

 Nous croisons un bus retourné. Je me demande ce qu’il est advenu de ses passagers. C’est là que je me dis que nous avons bien fait de louer un véhicule privé !

En venant de Konso comme nous le faisons, la rivière Weyito marque l’entrée en territoire tsemai. Nous faisons un arrêt à Weyito pour faire le plein de fuel. A la différence de Nolan qui préfère pour cette fois rester dans le minibus, Timéo est très sociable et sympathise rapidement avec des petits enfants. Mais il n’apprécie pas trop d’être pris pour une poupée et finit carrément en colère !

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Les Tsemai se répartissent dans trois villages, Weyito, Luka et un autre dont j’ai oublié le nom. Comme aujourd’hui c’est jour de marché à Weyito, nous croisons des gens qui marchent en sens inverse de notre route, tandis que nous nous dirigeons vers Dimeka. Les paysages ici sont secs et rocailleux.

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Au niveau d’un village du nom de Key Afer, la route bifurque sur la gauche et c’est de nouveau de la piste. Nous avons quitté les terres tsemai pour entrer en territoire Bana. Les Bana sont proches culturellement des Hamar, qui vivent un peu plus bas. Ces deux ethnies partagent certains traits culturels comme la coiffure des femmes.

Nous passons devant plusieurs villages et croisons à plusieurs reprises des hommes avec leurs troupeaux. Les hommes portent comme seul habit un pagne autour de la taille et des colliers autour du cou. Les enfants sont souvent en slips. Partout où nous en croisons, ils nous courent derrière en tendant la main, pour quémander quelques birrs. Je me demande bien ce qu’on leur raconte à ces pauvres enfants… que les touristes sont des distributeurs de birrs et qu’il suffit de leur tendre la main pour que ces derniers leur lancent quelques pièces depuis la voiture ?! C’est probablement arrivé. Je maudis ces touristes qui sont passés avant moi et qui ont eu le malheur – pourtant avec une bonne intention – de distribuer des cadeaux à tout va. En voyant les comportements de certains touristes, je me dis parfois que certains auraient besoin d’être éduqués au voyage… Les demandes des enfants sont le reflet des comportements des touristes : stylos, caramels, t-shirts, birrs,… photo. Car dans le sud de l’Ethiopie, il est d’usage de payer – entre deux à cinq birrs – quand on veut prendre une personne en photo. Le long de la route, nous croisons des enfants à moitié nus – parfois des femmes – le visage recouvert de blanc et qui se mettent à danser à la vue de toutes les voitures de touristes qui passent. Je trouve cette prostitution culturelle désolante. Le mot est fort certes. Mais des femmes et des enfants maquillés qui attendent le passage des touristes le long des routes, alors même que les peintures sur le visage et les danses sont réservées aux cérémonies, j’appelle cela de la prostitution. On est loin de l’authenticité espérée.

La piste s’avère difficile pour notre minibus. Les 4×4 des touristes nous dépassent à toute allure. Je suis étonnée de voir autant de voitures de touristes d’un coup, alors que nous n’en avons pas croisées une seule hier et ce matin. C’est parce qu’aujourd’hui c’est jour de marché à Dimeka ; une attraction à ne pas manquer.

DIMEKA

Nous atteignons Dimeka vers 13 heures. Le marché bat son plein. Et pour le coup c’est authentique. Nous croisons quelques touristes, mais ils se noient dans la foule locale. Les Hamar ne s’habillent pas pour eux ; ils s’habillent ainsi au quotidien. Les femmes aussi bien que les hommes ont un sens aiguisé de l’esthétisme. Ils parent leur cou, leurs bras et leurs oreilles de beaux bijoux en perle. Les colliers en fer blanc et en coquillages sont l’apanage des femmes. Tous ont les cheveux tressés. La grande majorité des femmes les portent en cascade et recouverts de beurre et d’argile. Certaines femmes y attachent un serre-tête de perles. Les jeunes hommes se tressent les cheveux à même leur crâne rasé, autour duquel ils serrent un bandeau en perles. Les plus valeureux, ceux qui ont vaincu l’ennemi ou abattu une bête féroce, forment avec leurs cheveux enduits d’argile une calotte – qui devient rigide en séchant – à l’arrière du crâne et sur laquelle ils plantent parfois une plume.

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Traditionnellement, les Hamar sont nus jusqu’à la taille ; mais les hommes au torse nu et encore plus les femmes aux seins nus se font très rares au marché. Tous portent un t-shirt ou un débardeur. En bas, les hommes portent un pagne court en tissu, les femmes un pagne long en tissu ou une peau de vache incrustée de bouts de plastique (bâche ?) colorés. Les hommes ne sortent jamais sans leur appui-tête (ou appui nuque). L’appui tête – qui fait également office de tabouret – a pour but d’éviter le contact direct sur le sol, notamment de la tête lors de la sieste ou la nuit pour préserver les coiffures élaborées qui demande quelque fois plusieurs années de travail et d’entretien. L’habillement est très codifié. La forme de la jupe par exemple (en queue de pie ou non) indique si la femme est mariée ou non.

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Il m’est arrivée de voir des femmes avec une coiffure d’homme. Comme j’ai oublié de poser la question à Kucha, elle restera sans réponse…

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Le marché est très coloré et animé. Les Hamar vendent et achètent tout un tas de produits : infusion de café, argile, produits manufacturés (savon, biscuits,…), tabac, animaux (chèvres, vaches), kat,… Parmi les différents étalages je remarque peu de fruits et légumes ; des bananes, et différents types de feuilles. A l’entrée du marché s’étalent les produits d’artisanat. J’ai d’abord pensé qu’ils étaient à l’intention des touristes ; mais en voyant des Hamar acheter certains de ces produits – comme des appuis-tête – j’ai vite compris que non.

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Je résiste à la tentation de prendre des portraits, de peur qu’on me demande de l’argent. Les deux seuls portraits que je prends (voir plus haut), je les vole. Avec les enfants, c’est plus facile de prendre des photos. D’ailleurs, ce qui m’intéresse, c’est de prendre en photo mes enfants dans cet environnement peu ordinaire.

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Un touriste me demande s’il peut prendre une photo de Timéo et moi. Il m’interroge sur l’âge de Timéo et s’étonne qu’on ait emmené un aussi jeune enfant dans cette région reculée du monde. Il est lui-même grand-père d’un petit garçon de deux ans et demi.

Il est temps de se poser. Nolan et Timéo sont irritables. Leur petit coup de fatigue s’évapore aussitôt après un plat de pâtes froides (comme la veille ; c’est d’usage dans le Sud apparemment), un coca et une sucette. Ils ont repris des forces. Le ventre plein, Nolan se montre beaucoup plus sociable. C’est lui-même qui demande à aller jouer avec les enfants du village, dont ils se plaignaient avant le déjeuner. Timéo lui est un vrai clown. Il se donne en spectacle. Son enthousiasme fait rire tout le monde. Ils font la connaissance de deux petits garçons dont un ne lâchera plus Timéo jusqu’à notre départ de Dimeka.

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Le village de Dimeka est plein de surprises. Un rapide tour du village nous permet de découvrir quelques coutumes locales, comme celle de déguster de l’hydromel sous l’arbre à palabre.

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L’hydromel (boisson fermentée à base d’eau et de miel répandue un peu partout dans le monde) est une boisson très prisée en Ethiopie, où on l’appelle T’edj. La recette varie d’une famille à l’autre. Une fois le mélange fermenté, on le brasse en y ajoutant une plante du nom de gesho (ou guecho). Plus le miel est ancien, plus l’hydromel aura de bouquet. Et plus la proportion de gesho est élevée, plus l’hydromel est excitant (Alain Huetz de Lemps, Boissons et civilisations en Afrique, p. 22, en lecture libre sur Google books). J’ai eu l’occasion de goûter de l’hydromel au mariage de Raphaël et Selome. En Ethiopie, le miel est un aliment important. Dans le Sud, l’apiculture se fait à l’ancienne, au moyen de niches circulaires accrochées aux arbres. Nous en avons croisées sur la route entre Arba Minch et Konso.

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Le village de Dimeka est plein de surprises. La rivière qui coule habituellement derrière le village est complètement asséchée en cette saison sèche avancée.

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Quelques hommes se lavent dans les dernières flaques restantes. J’ai la décence de ne pas porter mon regard vers eux. Tandis que Nolan et Timéo jouent dans le sable (et les bouses de vaches !) avec leurs deux nouveaux amis, j’observe de loin le manège des femmes hamar – dont certaines sont seins nus – qui viennent à la rivière pour creuser des trous et y puiser l’eau qui leur servira à boire, se laver, laver leur linge, etc.

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Sur le chemin du retour, les enfants s’amusent à jouer à la guerre. Nous invitons leurs deux amis à partager un Sprite dans une gargote du coin et les laissons à Kucha le temps d’acheter sur le marché un bracelet pour Alex et un appui-tête pour ma collection d’objets ethniques. Comme l’appui-nuque est un attribut masculin, je préfère qu’Alex effectue la transaction. On s’accorde sur 100 birrs pour le bracelet et 130 pour l’appui-tête.

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 Puis c’est l’heure des aux-revoir.

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La visite de Dimeka et de son marché restera – tant pour Alex et moi que pour les enfants – un excellent souvenir.

Nous arrivons à 16 heures à Turmi et après investigation posons nos valises au Kaske Campsite, situé en bordure de la rivière du même nom. Encore une rivière asséchée ! Pour le plus grand plaisir des enfants qui finissent tranquillement la journée à jouer dans le sable.

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Nous dînons au Busca Lodge, situé à proximité du camping.

INFOS PRATIQUES

Où dormir à Turmi ?

A côté du Kaske Campsite, situé en pleine nature à l’écart de la ville sans charme de Turmi, les trois hôtels du centre ville, le Busca Hotel (250 birrs), le Turist Hotel (200 birrs) et le Green Hotel font bien pâle figure. Je recommande vivement le Kaske Campsite qui propose de louer des tentes et quelques chambres en béton sans charme et largement surévaluées mais relativement confortables (douche à l’intérieur mais toilette à l’extérieur). Véhicule privé nécessaire pour s’y rendre, à moins d’être bon marcheur.

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Où manger à Turmi ?

Le Busca Lodge propose un étonnant buffet pour un coin aussi reculé de l’Ethiopie. Le restaurant du Turist Hotel est très correct.

4 réponses
  1. Michel Guihéneuf
    Michel Guihéneuf dit :

    Comme c’est beau! Merci de nous faire partager ton carnet de voyage . Tes photos (superbes) et tes commentaires donnent vraiment envie d’aller visiter ce pays. D’ailleurs ,si j’y mets un jour les pieds ,j’emporterai avec moi (mais avec ta permission ! 🙂 ton petit guide privé sur l’Ethiopie qui n’a rien à envier au Lonely Planet ou au guide du routard.

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  2. Laurence Simon
    Laurence Simon dit :

    Salut stef, Merci pour ce partage. c’est super. Pourrais-tu (si c’est possible), mettre une petite carte pour que l’on situe géographiquement ton trajet? Je suis avec grand bonheur tes découvertes. Bisous à toi, lolo

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    • stephieg9
      stephieg9 dit :

      Merci de suivre mes aventures en famille! La carte est en projet. Elle arrive, elle arrive… D’ ailleurs j’ ai pas mal de cartes en projet, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple à faire! En attendant les autres, tu peux toujours aller voir celle que j’ai insérée dans la section « Ma vie nomade en un coup d’oeil » et qui retrace mes différentes destinations d’expatriation. A très vite!

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