4 jours à la découverte des ethnies du Sud – jour 3 : visite d’un village dassanech

Dimanche 2 mars

Vers 8 heures 30, nous quittons Turmi et prenons la route pour Omerate. De chaque côté de la piste, les acacias s’étendent à perte de vue. Ça et là des termitières de plusieurs mètres de haut s’élèvent comme des cheminées et viennent briser la monotonie du paysage.

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Kucha me dit qu’au loin, quelque part au cœur de la brousse, se cachent des villages hamar. Mais pour l’instant seuls quelques babouins et quelques dik-diks apeurés se laissent apercevoir le long de la piste poussiéreuse. Le chauffeur va trop vite pour que les enfants aient le temps de voir quoi que ce soit. A la vue d’un couple de dik-diks qui se cache dans les broussailles, nous lui demandons de s’arrêter. Cette fois Timéo et Nolan les ont bien vus.

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Comme hier entre Konso et Turmi, mis à part quelques rares 4×4 de touristes, les seuls véhicules que nous croisons sont des gros camions transportant du matériel pétrolier .

A mesure que nous avançons, la végétation se fait plus rare. La brousse laisse doucement place à la savane. Un type de paysage que nous connaissons bien de la Tanzanie. Nous ne sommes plus qu’à une soixantaine de kilomètres de la frontière kenyane. Un peu avant d’arriver à Omerate nous effectuons un arrêt à un poste d’immigration. Même si nous ne passerons pas la frontière, à partir de ce point la frontière est ouverte. Le contrôle des passeports est donc de mise.

Nous atteignons Omerate vers 10 heures 40. Il nous aura fallu un peu plus de deux heures depuis Turmi. Nous laissons la voiture au village et rejoignons la rivière Omo à pieds. Il fait chaud. Très chaud. Facilement 40 degré à l’ombre. De l’autre côté de la rivière se trouve le premier village dassanech, le plus facilement accessible, donc le plus visité. Et alors que nous nous apprêtons à embarquer, des touristes débarquent. L’embarcadère n’en est pas vraiment un… et pourtant on nous fait payer une somme faramineuse (120 birrs par personne ; par comparaison le prix d’un café c’est 5 birrs) (pour un aussi pauvre service dans un coin aussi reculé). Apparemment le tourisme est en train de devenir une industrie ici…

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Nous traversons dans une petite embarcation traditionnelle en bois, une vraie coquille de noix, mais du solide. Nos enfants apprécient beaucoup. Timéo est fasciné par les enfants qui nous suivent à la nage.

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Ce n’est qu’en arrivant sur l’autre rive que l’on comprendra pourquoi tous ces jeunes garçons dassanech s’empressent de sauter dans la rivière dès qu’ils voient arriver des touristes. L’air est extrêmement sec et poussiéreux. Outre par une horde d’enfants, nous sommes d’ailleurs accueillis par un tourbillon de poussière qui s’avance vers nous, menaçant. La poussière est infernale ; elle colle au visage, nous prend à la gorge, remplit nos poches et nos revers de pantalon…

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Remarquez le tourbillon de poussière en haut à droite de la photo

Tous les Dassanech que nous croisons demandent à être pris en photo. Contre paiement bien-sûr. Notre escorte s’agrandit à mesure que nous avançons. Elle nous entraîne vers le village que l’on voit bientôt se dessiner au loin, encerclé d’une clôture de buissons épineux. C’est un paysage peu commun. Je me crois dans le film Mad Max. Nolan marche loin devant nous, main dans la main avec un petit garçon qui nous suit depuis Omerate.

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Deux jeunes filles insistent pour que je les prenne en photo et je finis par céder. Elles me demandent 3 birrs chacune. Je ne leur en donnerai que 2.

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A peine avons-nous franchi la porte du village, voilà que toutes les femmes du village sont déjà en rang devant nous. Elles n’attendent qu’une chose : qu’on les prenne en photo moyennant quelques birrs. Je ne suis pas très à l’aise avec l’idée de devoir payer pour prendre une photo. Du moins pas dans ce contexte. Dans les sociétés modernes, on paie bien des modèles. Après tout, ces femmes ne font rien d’autre que vendre la seule chose qu’elles ont à vendre, à savoir leur image. Mais ici je trouve cela gênant. Encore une fois (voir mon post de la veille), j’associe ce comportement à de la prostitution et de la perversion culturelle. A mes yeux c’est triste. Et ce qui est encore plus désolant c’est de se dire que les touristes sont à l’origine de ce comportement. C’est probablement parce que certains touristes ont abusé en prenant des photos à tout va – et en payant le modèle, que tout le monde demande. En plus, ce qui m’intéresse dans la photographie, c’est de figer des actions, donc de voir les gens vivre ; pas de les voir poser. A voir ces femmes ainsi alignées, je n’ai qu’une seule envie, c’est prendre une photo de groupe, pour pouvoir rendre compte de la tristesse, ou du ridicule, de la situation. Mais Kucha a lu dans mes pensées et il m’informe que si je veux prendre une photo de groupe, il me faudra payer chacune d’entre elle 5 birrs, ce qui risque de me revenir cher sachant qu’elles sont une vingtaine ! J’hésite longuement avant de décider sur quel modèle je vais porter mon choix. Comme je ne veux pas entrer dans ce jeu de perversion culturelle, je me suis promis de prendre très peu de photos. Je suis tentée par une vieille femme au visage rabougri et brûlé par le soleil, mais finalement je choisis une femme dont j’aime particulièrement la tenue vestimentaire. Je rêverais de porter une robe comme la sienne !

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Je fais attention à ne pas prendre trop de photos car le prix est par photo ! Ils sont incroyables ces Dassanech !

Aujourd’hui, j’ai pensé à prendre mon dictaphone. Initialement je l’avais pris pour pouvoir enregistrer des fragments de conversation en dassanech, mais comme dans ce village la vie semble s’arrêter quand les touristes débarquent, je décide de demander au guide local qui nous accompagne si certaines femmes pourraient chanter pour moi. Évidemment, on me demande de payer… chaque chanteuse ! Je réponds qu’une seule chanteuse me suffit. Le guide, ou quelqu’un d’autre, je n’ai pas bien fait attention, désigne d’office une jeune femme, qui se montre toute timide ; ce que je comprends. J’ai un peu honte d’être à l’origine de cette situation. Finalement, elles seront deux à chanter. Je les paie 10 birrs chacune et j’ai le droit à une photo en bonus.

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Kucha s’acharne à essayer de nous éclairer sur la culture dassanech. C’est un super guide, attentionné, cultivé, à l’écoute, franc et honnête. Malheureusement, je ne suis pas concentrée. Je suis sans cesse interrompue par Nolan et Timéo desquels Alex et moi ne devons jamais lever les yeux. En plus, ils commencent tous les deux à fatiguer. Nolan a faim et ça l’énerve de voir tous ces curieux s’agglutiner autour de lui. Je fais donc un rapide tour du village avant de quitter les lieux. De toutes les façons cet endroit ne m’inspire pas. Même si les gens vivent là, habitent dans ces maisons, tout y est tellement artificiel. Je ne suis même pas certaine que les habits que les femmes portent sont ceux qu’elles porteraient au quotidien s’il n’y avait pas les touristes.

Les cases en forme d’igloo sont faites d’une armature en bois recouverte de feuilles de bananier, ou, depuis plus récemment, de tôles. Je serais bien entrée dans une case, mais devinez quoi ? il me faut payer !

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J’ose espérer que seuls les villages à proximité d’Omerate sont ainsi corrompus par le tourisme et qu’il existe à quelques lieues d’ici des villages plus authentiques, non fréquentés par les touristes.

Nous reprenons le chemin de la rivière. Un gros groupe de touristes vient de débarquer. Je suis étonnée du nombre de touristes dans ce village. C’est le défilé et du coup cette visite d’un village dassanech s’apparente plus à un safari animalier, voire un zoo, qu’à une rencontre authentique. Facilité par l’ouverture de la liaison aérienne Addis Abeba – Arba Minch et par la construction de la route bitumée entre Arba Minch et Jinka (et je suppose bientôt Turmi), le tourisme dans cette région est en marche. Mais pas pour le mieux.

Nous reprenons la route vers 14 heures 10, après déjeuner. Deux heures plus tard nous sommes au camping de Kaske. Nous nous reposons jusqu’à la fin de la journée. Timéo a développé une belle conjonctivite à cause de la poussière. C’est tout ce qu’on aura gagné de cette journée. Et peut-être quelques belles photos.

N.B.: pas d’inquiétude pour la conjonctivite de Timéo ; à l’heure qu’il est (15 jours après quand-même!) il est guéri.

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