4 jours à la découverte des ethnies du Sud – jour 4 : Turmi – Arba Minch

Lundi 3 mars

L’œil ne Timéo ne s’améliore pas. Heureusement nous sommes parés à toute éventualité et notre pharmacie est bien complète, notamment en antibiotiques. Dans quelques jours il sera guéri. Mais nous décidons quand-même de tracer directement vers Arba Minch au lieu de faire un détour par New York Konso comme prévu.

Nous quittons Turmi vers 9 heures 30. C’est notre équipe qui a traîné ce matin ; pas nous pour une fois. A travers la fenêtre entrouverte du minibus, je regarde au loin les villages Hamar qui peuplent la savane autour de Turmi et que je n’ai pas approchés. Je serais bien restée plus longtemps dans ce coin de l’Ethiopie. Je m’imagine débarquer à pieds dans l’un de ces villages et m’y installer pour quelques jours, le temps de partager le quotidien de ces gens, d’apprendre leurs coutumes, de toucher à leur langue, et de tisser des liens. Quoi de mieux pour s’imprégner d’une culture que d’être aux côtés d’une famille pendant un temps, suivre les femmes au marché ou dans la brousse pour aller ramasser du bois… Mais avec mes enfants c’est impossible. Nous sommes dans une zone trop isolée, trop loin d’un hôpital ; un accident arrive si vite. Alors je ravale ma frustration et mes aspirations. C’est déjà extraordinaire d’être venus jusqu’ici avec eux, et de les avoir vus évoluer quelques jours dans ce monde si différent du nôtre. Je me dis que plus tard peut-être, quand les enfants seront grands, je reprendrai des études d’ethnologie (ou pas) et j’irai partager mais cette fois pendant plusieurs mois (car plusieurs jours je l’ai déjà fait à plusieurs reprises dans différents endroits du monde) le quotidien d’un groupe ethnique isolé et unique.

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Comme c’est jour de marché à Turmi, nous croisons beaucoup de Hamar sur la route. Je prends des photos tant bien que mal, alors que le minibus trace.

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Je remarque que les hommes et les femmes marchent séparément. J’interroge Kucha qui est une vraie encyclopédie à lui seul. Il m’explique que dans la plupart des ethnies du Sud, une fois mariés l’homme et la femme ont l’autorisation de se parler (imaginez avant le mariage…) et ils dorment sous le même toit, mais leurs relations s’arrêtent là. Les femmes s’occupent des enfants, vont chercher de l’eau et du bois, font la cuisine, servent les hommes et mangent à part. La lune de miel – qui dure par exemple chez les Tsemai de six mois à un an – est la seule période de la vie du couple pendant laquelle ils mangent dans la même assiette. Chez les Hamar, une case familiale rassemble le père, la mère et les enfants. Mais à l’âge de 6 ou 7 ans, les garçons ne dorment plus avec leurs parents. Ils dorment dehors avec les jeunes garçons de leur âge.

Il semblerait que ce soit jour de sortie pour les troupeaux des Bena aujourd’hui. Nous devons ralentir tous les cent mètres pour ne pas heurter une vache. Nolan et Timéo sont bien contents de voir des vaches d’aussi près.

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Nous roulons à un bon rythme. Nous atteignons Weyito un peu avant midi (2 heures 30 après notre départ de Turmi) et moins d’une heure plus tard nous voyons se dessiner dans le paysage les premières cultures en terrasse, signe que nous entrons en pays konso.

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Le pays konso est vraiment magnifique. Les cultures en terrasse cèdent la place à des champs bien plats qui s’étendent à perte de vue, mais toujours la montagne se dresse au loin comme une forteresse.

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Et dire qu’il y trois heures nous regardions défiler la savane ! La diversité géographique et humaine est exceptionnelle dans cette partie du monde. Les frontières entre les ethnies sont plutôt bien délimitées : un paysage, une rivière, …. Le long de la route entre Turmi et Arba Minch, le voyageur croisera successivement des Hamer, des Bana (pas de frontière nette), des Tsemai, des Konso (la frontière entre Tsemai et Konso est délimitée par la rivière Weyito), des Derashe (la frontière entre Konso et Derashe est délimitée par la rivière Gato qui traverse le village de même nom), des Zeyese (la frontière entre Derashe et Zeyese est délimitée par la rivière Wezeka) et enfin des Dorze.

Les jours de marché sont idéals pour se rendre compte de cette diversité car les gens se parent de leurs plus beaux atours pour l’occasion. Les femmes konso portent de belles jupes à froufrou qui me rappellent un peu les jupes créoles. L’habillement est codifié. Les jeunes femmes portent une jupe blanche alors que les femmes mariées la portent de couleur. Je m’acharne à essayer de figer l’une de ces femmes dans mon appareil, mais nous roulons trop vite.

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Au village de Gato, qui marque l’entrée en territoire Derashe (dans le sens de notre route du moins), le chauffeur arrête le véhicule et descend pour aller vérifier un problème. J’en profite pour prendre quelques photos du marché qui fourmille de gens. La vue depuis le pont est étonnante. J’ai l’impression de ne voir qu’une chose : les sacs que les Derashe utilisent pour transporter les céréales et qui sont tous de la même couleur ocre.

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Ce marché est encore une belle occasion d’en apprendre un peu plus sur les coutumes vestimentaires. Toutes les femmes Derashe portent un turban dans leurs cheveux tressés, une sorte de tablier blanc et un sac en peau de chèvre ou une gourde en terre sur le dos.

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On repart finalement mais on s’arrêtera un peu plus loin au village de Gumayde pour faire changer une pièce de la direction. Alex et moi nous sommes d’ailleurs étonnés que le minibus ne nous ait pas encore lâchés. L’occasion pour moi de prendre quelques photos à l’arrêt. Une fois n’est pas coutume.

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En quittant le village, nous croisons un groupe de personnes qui dansent au milieu de la route, un verre d’hydromel à la main ; ils sont heureux ; ils viennent d’acheter une voiture.

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En approchant d’Arba Minch, les paysages se font plus verts. Les gens d’Arba Minch (essentiellement des Dorze) sont riches ; ils ont de l’eau et ils ont de la terre. La ville exporte dans tout le pays des bananes, des mangues, des papayes, et aussi du poisson pêché dans le lac Chamo.

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Kucha, notre super guide

Un peu avant d’entrer à Arba Minch, un flic fait arrêter le minibus et contrôle les papiers du chauffeur. Ça discute dur. Un deuxième flic posté un peu plus loin fait un signe de la main et nous repartons, sains et saufs. Il s’est avéré que ce deuxième policier connaissait Cherenut (notre chauffeur). Une chance pour lui, sinon il aurait encore du avancer la monnaie, comme à Turmi. Ah ces flics africains !

Mardi 4 mars : excursion au parc national de Nechisar (voir mon post du jeudi 6 mars)

Mercredi 5 mars : retour à Addis Abeba. En avion cette fois ! Nous dînons avec notre ami Raphaël.

Jeudi 6 et vendredi 7 mars : diverses démarches à Addis Abeba et soirée cinéma dans le jardin de Raphaël, bien équipé en matériel audio-visuel. Alors que les enfants se sont endormis, nous regardons Alien sous le ciel étoilé d’Addis Abeba. Une vraie expérience !

Samedi 8 et dimanche 9 mars : week-end avec Raphaël à l’Ethio German Park, perché sur les hauteurs de la faille de Debre Libanos. Magnifique. Voir les photos dans la galerie.

Lundi 10 mars : départ pour Lalibela (prochain post : « Une semaine à Lalibela : entre détente et mysticisme »)

 

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