Deux jours de safari au parc national du Tsavo Est

Mardi 25 mars

11.45. A bord d’un minibus de l’agence Ketty Tour, nous franchissons la porte Bachuma, l’une des six entrées au parc national de Tsavo Est. Je me sens comme un enfant tout excité à l’idée de la surprise qu’on lui promet.

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La piste de terre ocre donne aussitôt le ton. Le parc est connu pour ses éléphants rouges, appelés ainsi car ils se recouvrent le corps de boue (pour se protéger de la chaleur et des piqures d’insectes). Apparemment, les éléphants ne sont pas les seuls à porter la couleur du Tsavo. Notre première rencontre est un zèbre teinté de rose qui broute à l’écart de ses frères.

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A travers le toit entrouvert, je regarde la savane qui d’un côté s’étend à perte de vue, de l’autre est arrêtée par la montagne.

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Le vent me souffle son haleine chaude et sèche dans le visage. Lancé sur la piste rouge, le minibus ne s’arrête que pour nous permettre d’observer les rares animaux qui peuplent les environs. Successivement, nous croisons deux girafes, deux bubales, un troupeau d’impalas et deux autruches.

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A l’approche du lodge (Ashnil Aruba Lodge), la végétation se densifie, le paysage se fait plus vert. Un troupeau de phacochères s’accorde un bain de boue dans une mare. Les bêtes nous sentent arriver et se lèvent toutes d’un seul mouvement avant de détaler. Seuls trois audacieux osent nous affronter d’un arrogant regard.

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Plus loin, un hippopotame se prélasse dans ce qui reste de la rivière Voi. A la fin de la saison des pluies, qui vient tout juste de commencer, l’eau inondera la plaine sur des kilomètres. En attendant, les animaux peuvent toujours profiter de la fraîcheur apportée tout le long de l’année par cet oasis de verdure.

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16 heures. Nous repartons pour notre second safari de la journée. Le ciel est chargé de nuages. Par endroits, seule une petite fenêtre de ciel bleu découpe la masse cotonneuse. Au loin, il pleut sur la savane.

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Aux aguets, je distingue soudain un groupe d’éléphants à travers les fourrés et je le fais savoir à voix haute. Comme Jiwa, notre chauffeur, n’a pas l’air décidé à s’arrêter, je lui fais ma demande expressément. C’est là qu’il me dit que d’autres chauffeurs lui ont signalé la présence de lions à quelques kilomètres d’ici. Si l’on veut avoir une chance de les voir, il faut tracer. J’acquiesce. Après tout, nous sommes venus ici pour que Nolan voit des lions. A deux reprises, nous nous arrêterons pour voir au loin un lion et une lionne s’accoupler. A en croire la mine satisfaite et la motivation de Jiwa pour essayer de voir le couple de lions à travers ses jumelles, il faut se lever tôt pour voir des lions au Tsavo. Dans mon souvenir, les parcs de Tanzanie offraient toujours la garantie de voir des lions, souvent même d’assez près. Mais Nolan les a vus marcher au loin. C’est déjà ça.

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Timéo lui dort profondément. Il se réveille juste à temps pour voir quelques éléphants rouges déambuler autour de la rivière. Nous n’en verrons que quelques-uns d’assez près.

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Bientôt la pluie se fait sentir. L’odeur de terre et de végétation humide nous prend les narines. Pour Alex et moi qui avons vécu en Tanzanie, c’est une odeur caractéristique des parcs. La pluie devient trop forte pour que nous puissions garder le toit ouvert. Le tonnerre gronde. Les enfants sont énervés. Notre dernière image avant la tombée de la nuit et la rentrée au lodge sera celle de deux girafes nonchalantes.

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Cette première journée de safari n’aura pas été très fructueuse à mon goût. Espérons que demain sera meilleur.

Mercredi 26 mars

Nos deux sorties de la matinée ont été sous le signe de l’éléphant. Une expérience hors du commun que j’ai eu l’honneur de pouvoir publier dans le numéro 156 (juillet-août 2014) du magazine Globe-trotter édité par ABM. J’ai également publié cet article sur mon blog ; vous pouvez le trouver ici.

16h. Nous embarquons dans notre minibus pour notre troisième et dernière sortie de la journée. Nous roulons tranquillement. Jiwa, notre chauffeur, discute avec ses collègues au talkie-walkie, quand soudain il fait brusquement demi-tour. Il nous conseille d’accrocher nos ceintures. Quand je lui demande ce que l’on va voir, il répond : « something very special » (quelque chose de très spécial). Nous traçons. Mon cœur bat à la vitesse du minibus qui roule. Je redoute l’accident. Si un buffle ou je ne sais quel autre animal décide de traverser la piste à ce moment-là, nous sommes tous morts.

Nous arrivons à temps pour voir deux guépards marcher dans le bush. Ils sont assez loin, mais suffisamment près que nous puissions les suivre des yeux pendant un moment. Ils disparaissent et réapparaissent derrière le bush, comme des images lors d’une projection de diapositives. Mâle et femelle, ou mère et petit, ils sont trop loin pour le percevoir. Ils s’éloignent doucement et nous les perdons de vue. Nous avons eu beaucoup de chance. C’est extrêmement difficile et rare de voir des guépards, car cet animal, qui est le plus rapide de la planète, est constamment en mouvement, à la différence des lions qui évoluent plus doucement et s’arrêtent pour se reposer. Pour ma part, c’est la première fois que j’en vois et pourtant j’en ai visité des parcs ! Je parviens à les prendre en photo. De loin, mais c’est déjà ça.

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A mesure que le soleil tombe, le ciel se charge en nuages. La lumière est douce. Timéo s’écroule de fatigue. Le coucher de soleil est magnifique.

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Nous croisons beaucoup d’animaux : oiseaux, poules, impala, oryx, dik-dik, zèbres, une girafe solitaire, un varan.

Nous croisons un troupeau d’éléphants, comme quoi, ils ne sont pas tous partis (voir mon article Le jour de l’éléphant).

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Nous constatons que deux jours de safari de suite c’est trop pour les enfants, surtout si on les lève à six heures. Aujourd’hui ils ont été fatigués, énervés, irritables, et pas franchement intéressés. Mais Timéo a appris plein de nouveaux mots : edouda (éléphant), opar (léopard), iaf (girafe), cheetah (guépard en anglais), buffalo.

Jeudi 27 mars

9 heures. Nous quittons le lodge et partons en direction du Nord, faire nos adieux aux derniers éléphants encore dans les parages.

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Jiwa notre chauffeur nous accorde quelques détours avant de nous diriger doucement vers la porte Bachuma, par laquelle nous étions entrés deux jours auparavant. Dans ce coin du parc, la végétation est plus sèche qu’ailleurs. Seules les délicates fleurs blanches qui tapissent le sol par endroits laissent deviner le passage timide de la pluie.

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Plusieurs espèces se rassemblent autour des larges étendues d’herbe jaune et courte et des points d’eau. Si les zèbres et les impalas s’observent toujours en petits troupeaux, les bubales et les oryx en revanche se déplacent souvent en solitaire. Alors que nous n’avions croisé aucun oryx depuis notre entrée dans le parc, nous en croisons deux, distants de quelques kilomètres l’un de l’autre.

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Deux varans ont élu domicile dans une termitière.

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Sur la longue piste droite qui mène à la porte Bachuma, le terrain surélevé permet de se rendre compte de l’immensité du parc. Le regard porte loin à l’horizon. Et jusqu’à cette ligne il ne rencontre rien d’autre que du jaune.

11h15 : nous sortons du parc. Adieux le Tsavo Est !

J’invite les férus d’Histoire à aller lire mon article sur l’histoire du mot safari. Derrière ce mot, qui signifie « voyage » en swahili, se cache un lourd passé.

 

 

 

4 réponses
  1. odile paugam
    odile paugam dit :

    Bonjour Stéphie, j’en profite pour te demander si tu as pu écrire un texte ou deux pour le thème « parcs naturels » du prochain Globe-trotters. Le comité de rédaction se réunit le 15 mai… Merci de tes nouvelles et bonne continuation ! Odile

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  2. Laurent
    Laurent dit :

    Salut Stéphie,
    Jusqu’à présent, je n’ai que peu rencontré d’animaux sauvages, mais à chaque fois, même si la vue n’est pas toujours top et quelquefois furtive, quelle émotion. Tu sembles être donc une experte en parc, ça tombe bien, j’aurais quelques questions 🙂 Les parcs d’Afrique de l’Est, j’y songe depuis pas mal de temps, mais je n’y ai jamais mis les pieds. J’ai l’impression de ne pas trouver ce que je recherche un fait quand je glane des infos à droite à gauche, à croire que je suis un peu un emmerdeur 😉
    La vue des mini vans les uns sur les autres autour d’un lion avec bousculade pour se faire une place dans le toit ouvrant et prendre des photos me fait perler à grosses gouttes !! J’aime voyager de manière la plus indépendante possible et ne suis pas vraiment compatible avec ça. D’un autre côté, quand je regarde les options plus « exclusives », j’ai l’impression que l’on tombe alors dans des lodges limite luxe, et ça non plus, je ne suis pas compatible (un emmerdeur je disais !). Idéalement, je recherche un truc le plus simple possible, mais sans la foule. Difficile de voir quel pays s’y prêterait le mieux. Certains m’ont parlé du Mozambique. Bref … je cogite !
    Tu es allée où toi jusqu’à présent ? Les coups de coeurs ? Merci pour tes conseils avisés 🙂

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    • stephieg9
      stephieg9 dit :

      Bonjour Laurent,

      si tu frémis à la vue – même furtive – d’animaux sauvages, alors cours en Afrique de l’Est!

      Experte en parcs, moi? Je n’irai pas jusque là.
      Mais il est vrai que j’en ai visité beaucoup !
      Et j’ai surtout eu l’occasion de visiter tous ceux de Tanzanie, puisque j’ai vécu dans ce pays. Entre l’Ethiopie, la Tanzanie et le Kenya, j’ai compté, j’en ai visités dix.
      Une fois qu’on a goûté au plaisir des réserves animalières, impossible de mettre le pied dans un zoo (encore que… je l’ai fait à Singapour mais juste pour mes enfants ; ce zoo a beau être considéré comme le plus beau du monde, et est soi-disant eco-friendly, cela m’a quand-même fait mal au coeur). Depuis mon expérience expatriée en Tanzanie, je recherche partout où je voyage à voir les animaux dans leur environnement naturel.
      Quasiment tous les parcs nationaux offrent la chance de voir des animaux en liberté, à commencer par ceux de France. Par exemple j’ai déjà vu des marmottes et des isards (chamois) dans les Pyrénées. Mais certains parcs sont plus propices que d’autres à l’observation des animaux. Et évidemment, l’Afrique de l’Est (et du Sud mais je ne connais pas) arrive en tête de liste.
      J’avais en tête d’écrire un article sur mes plus belles rencontres animales. Je vais m’efforcer de le faire plus tôt que prévu…

      En attendant, je suis en train de concocter un nouvel article que tu m’as inspiré et intitulé : Quel pays et quel(s) parc(s) choisir pour un premier safari en Afrique ? Tout ce qu’on ne vous a jamais dit sur les safaris en Afrique
      Pour tout te dire, j’avais commencé à te répondre, et étant donné l’ampleur de ma réponse, j’ai finalement décidé d’en faire un article. Et pour bien faire les choses, je me suis lancée dans quelque chose d’un peu plus large que de simples informations pratiques.

      Je profite de ce commentaire pour te remercier pour l’article rock in the casbah que j’ai beaucoup aimé.

      A bientôt sur ton blog ou le mien

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